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Si notre enfant devait naître handicapé, que ferions-nous ?

Publié le par lesviesdenses

 

"Ils font l'amour dans l'arrière-boutique. Sarah veut un enfant. Samuel vend des photocopieuses. Sarah est enceinte mais l'enfant ne reste pas, ne tient pas. Samuel vend ses machines reproductrices haute technologie. Certaines copient idéalement les traits cohérents d'un Mondrian, d'autres copient mieux les tracés imprévisibles d'un Pollock. Et Sarah choisit un prénom pour l'enfant qui, cette fois-ci, s'accroche. Eugénie, comme l'impératrice. Mais Eugénie est imparfaite, poupée tordue, mal foutue. Elle naîtra, si elle naît, handicapée. Sarah et Samuel ont une semaine pour se décider. Garder l'enfant ou non. Tout le monde s'en mêle. Sarah et Samuel sont-ils libres d'enfanter un monstre ?

 

1h35, ça secoue !

1h35 qui vous scotchent au siège. Et si c'était moi ? Les tourments des personnages sont ceux de nombreux futurs parents. Eugénie, pièce qui se joue au Théâtre du Rond-Point, à Paris, jusqu'au 13 décembre 2015, se nourrit de la terrible ambiguïté entre pulsion d'amour et rejet de la différence. Le propos est parfois extrême mais totalement réaliste, et l'écriture d'une grande pertinence, finement ciselée. Le spectateur est secoué de bout en bout par les réactions des personnages : un futur père démissionnaire, une grand-mère ultra féministe qui ne mâche aucun de ses mots ou une mère aveuglée par son désir d'enfant, surnommée « Sainte Sarah de la diversité »… C'est drôle, excessif, totalement délirant, sombre aussi. Cette grossesse chaotique et fantasmée met le spectateur face à ses propres contradictions. La fin, on ne vous la dira pas, est une habile pirouette… Qui soulage, met à l'aise ? Notre conscience s'en sort à bon compte : ouf, ce n'était que du théâtre. « Parfois, explique Estelle Meyer, la comédienne qui incarne à la fois Eugénie et sa grand-mère, on a envie de jeter nos enfants par la fenêtre. Alors on va au théâtre et les comédiens le font pour nous ! ».

 

Un jeune auteur avec un talent immense

Le jeune auteur de cette pièce, Côme de Bellescize, est soutenu par la mutuelle Malakoff Médéric, convaincue que le théâtre peut aider à réfléchir autrement sur les grandes questions sociétales. Le handicap, il n'y est pas confronté à titre personnel mais la fragilité est un fil conducteur dans son œuvre. Il aborde l'euthanasie dans sa précédente pièce, Amédée, ou encore le sort de lépreux dans Les errants. « Le constat, c'est qu'on vit dans une société où il y a une forme d'aseptisation et de formatage. La figure littéraire du monstre interroge notre bien-pensance et notre bien-portance, explique-t-il. Mes créations font exploser ce monde parfait. » Lorsqu'on lui demande : « Pensez-vous qu'Eugénie doit-vivre », il répond : « Si j'avais la réponse, je n'aurais pas écrit cette pièce ! »

 

Pratique

Eugénie, de Côme de Bellescize, avec la compagnie Théâtre du Fracas

Théâtre du Rond-Point

2 bis avenue Franklin-Roosevelt (Paris 8)

Salle Jean Tardieu / 1h35

Du 13 novembre au 13 décembre 2015, à 21h et dimanche à 15h30

Relâche les lundis" 

 

Article source : 

http://informations.handicap.fr/art-theatre-rond-point-eugenie-989-8400.php

 

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